Archive de la catégorie ‘sable noir (album)’

Le ranch enragé

Jeudi 24 juillet 2014

Cette année, je pars chez mon oncle et ma tante passer une semaine au domaine des 16 fossiles, une propriété penchée qui domine une ancienne vallée de dinosaures . Mais je n’y vais pas seul, contrairement aux autres étés.
Mon chien Mose m’accompagne.
Son nom est le diminutif de molosse, que je n’arrivais pas à prononcer étant enfant.

Depuis deux nuits, il erre dans les plaines. Le bétail hurle à la mort, et parfois, par la fenêtre, entre les branches griffues qui viennent attaquer ma vitre, des crocs luisants et rouges…

skin reward: le prix de la peau

Jeudi 24 juillet 2014

skin reward

Projection Fin du Monde

Jeudi 24 juillet 2014

L’usine recrachait ses boulons et son verre pilé vers les pelouses grasses de Hideway Park, là où notre groupe de filles mal élevées plantait des mouchoirs sales, en guise de drapeaux noirs, à l’ombre des chênes centenaires.Une vieille femme noire a poussé le landeau grinçant dans notre direction. Le soleil se fracassait sur les rayons métalliques des roues tordues pour venir ensuite nous aveugler et j’ai vu basculer le paysage comme un sombre présage. La mort vient nous cueillir comme des cerises pourries.
La grippe a fauché trop d’enfants ce printemps dernier, et la liste ne cessait de s’allonger, comme une pierre tombale sortant de terre, projetant une ombre galoppante, trop rapide pour laisser aux petites jambes le temps de prendre les bons raccourcis.
Les camions-bennes déchargent les cadavres prépubères comme un tas de rêves éphémères. L’essence versée sur les chaussures orphelines s’embrase pour venir chatouiller les nuages solitaires. Les rues bourdonnent du silence des cours d’école, les bonbons désormais poussés par les rafales comme des cailloux multicolores.
Linda crache une flaque de sang. Vanille frotte ses yeux injectés de fièvre. Billie se démange à travers une salopette séchée de croûtes putrides.
Dans une semaine, j’arpenterai seule la contre-allée immonde qui mène aux cinémas «La Fin du Monde ». Se faufiler entre les déchets, prendre un ticket, une boite de popcorn rance, et planter mon derrière osseux dans un fauteuil grouillant d’asticots, entre deux pimbêches aux yeux livides, le cou trop offert à des baisers qui ne viendront plus.
Calmer ma peau irritée sur les accoudoirs de satin sanglant. Tousser le fond de ma gorge incendiée, sinistrée, vers des bobines d’horreurs qui me rassurent, le hurlement des tronçonneuses qui couvre ma peur, mes cris, mes sirènes intérieures.

Kill the Kamikaze

Jeudi 24 juillet 2014

Killing the Kamikase

post-mortem

Jeudi 24 juillet 2014

Le soldat écrase une moitié de crâne de sa botte métallique. L’horizon rougeoit des usines explosées, comme des phares pour les milliers de chars aveugles, d’avions égarés.
Plus d’équipe, plus de chefs et personne qui vous attend à la porte du logis.
De sa poche droite, le sergent tire une photographie, cachée derrière ce paquet de cigarettes qui ne l’empêchent même plus de suffoquer. Il y a déjà assez de cendres dans l’air pour se tuer à petit feu, se brûler les poumons.
Il traine sa silhouette squelettique vers un manège étouffé par le sable. Las et assis sur un cheval de bois couleur os, il examine son nouvel ordre de mission, les quelques mots griffonnés à la hâte par son ex-femme au dos de ce polaroïd délavé.
Il reste encore une raison de traverser le pays : passer chercher son fils à la garderie.
Le rendez-vous est manqué depuis des semaines. La ville doit se perdre sous le poids des bombes. L’école élémentaire n’a sans doute plus son clocher, que ses murs noircis.
Peut-être ne trouvera-t-il qu’un garçon endormi, paisible au milieu des élèves calcinés, les yeux blancs.
Mais, il rejoindra le nord les jambes cassées, sa cornée saignera sur les passants criblés de balles. Il remontera ce couloir pris de vertige, il fermera les paupières de son bébé, pour encore alourdir son regard vide, et enfin verser des larmes dans la poussière.

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